Si une assurance pandémie nous avait sauvés de la crise

Tout le monde espère aujourd’hui qu’une catastrophe de l’ampleur de celle que nous traversons avec la Covid-19 ne se reproduise pas ou du moins pas tout de suite. Mais des sociétés étrangères spécialisées dans la prévention des épidémies dans le monde affirment que tout aurait pu être évité si les entreprises avaient souscrit à l’assurance épidémie, qu’elles avaient voulu lancer il y a 2 ans. Une assurance que la plupart des entreprises voulaient prendre le temps d’étudier, avant de la réclamer en vain, en janvier dernier, puisqu’il était trop tard.

Que faut-il comprendre ? Cette assurance épidémie était-elle vraiment viable ? Sur quels mécanismes reposait-elle ? Voici les éléments collectés à partir de solutions présentées par Metabiota, Munich Re et Marsh, des sociétés américaines et allemandes qui avaient fait le pari de l’assurance pandémie.

Déjouer le mécanisme de l’assurance

La probabilité qu’une pandémie se produise est tellement rare qu’on l’estime à 1 tous les 500 ans. Il n’est donc pas complètement étonnant que les spécialistes du risque aient été si mal préparés à la pandémie.  Il faut d’abord réfléchir au fonctionnement du système des assurances : pour un coût fixe qui dépend de l’ampleur de la couverture, un particulier ou une entreprise paye une prime d’assurance. Cette somme qui couvre l’assuré comprend les risques communs, mais aussi des événements exceptionnels. Pour garantir que les dédommagements qu’elles vont verser seront moins importants que l’argent qu’elles ont récolté, les assurances calculent des modèles mathématiques très précis.

C’est pour cette raison que les contrats qui couvrent les tempêtes de grêle ne prennent pas en charge la protection contre les pandémies. Pour simplifier, les assurances elles-mêmes ne sont pas couvertes contre les pandémies.

Les entreprises de réassurance, comme Munich Re, assurent, elles, les assurances, en couvrant les événements exceptionnels en échange d’un versement de primes d’assurances plus important. Car si la probabilité que des catastrophes de grande ampleur se produisent, la catastrophe économique qu’elles provoquent, en revanche, est certaine.

Une tempête de grêle qui risque, par exemple, de tomber tous les 30 ans, endommageant les voitures et les maisons des d’habitants d’une ville contraint les assurances à indemniser beaucoup d’assurés. Mais la probabilité que ce type de catastrophe arrive est faible, et l’impact ne se fera que sur 1 région du monde en même temps. Dans ces cas-là, le montage est donc rentable pour des sociétés de réassurance comme Munich Re.

Le secret du mécanisme est donc là : plus les assureurs font appel à elles, mieux les compagnies de réassurance peuvent transformer les risques rares et dispendieux en événement prévisibles et moins coûteux. C’est la diversification : plus on peut diffuser le risque, plus on peut l’assurer. C’est la raison pour laquelle les réassureurs sont des entreprises mondialisées.

S’appuyer sur de nouveaux calculs du risque

La société Metabiota prétend avoir créé un modèle mathématique pour prédire et identifier en amont les épidémies dans le monde, en observant leur capacité à passer des animaux sauvages aux êtres humains. Munich Re et Marsh sont, elles, des entreprises d’assurance qui ont développé en 2018 une assurance pandémie. Aujourd’hui ces 3 sociétés affirment que cette assurance aurait été parfaitement adaptée à la crise sanitaire et aurait protégé des entreprises de la faillite.

Ces sociétés spécialisées défendent ainsi un nouveau mode de calcul du risque, faisant reposer leur assurance épidémie sur un « Index des sentiments », permettant de quantifier l’influence de la peur et de la panique sur le coût global d’une épidémie mondiale. Le coût d’une pandémie devrait ainsi être anticipé à la lumière de la réaction sociale au virus : les décisions politiques, le système médical, la peur du public, etc…

Le produit existe mais personne n’y a souscrit

Les entreprises n’ont pas été insensibles au projet mais elles n’ont pas sauté le pas. Elles ont établi des budgets, ont calculé des risques, et ont remis la proposition à l’année suivante. C’était alors trop tard : la crise sanitaire se propageait déjà partout dans le monde, il n’y avait aucune réserve d’avance pour amortir les coûts, et il était certain qu’il faudrait payer quasiment toutes les entreprises qui souscriraient. Le système ne pouvait plus fonctionner.

Ce qu’on peut tout de même retenir de cette expérimentation ratée est que s’il n’est pas impossible que dans les 50 prochaines années, on ait à faire face à une autre crise, il y a fort à espérer que les réactions et les propositions se soient enrichies de celles de la Covid-19…